- Publié dans Facteurs humains-Crew Resource Management
- Écrit par thibault
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ANALYSE COMPARATIVE VIDÉO
Vidéoman extérieur vs Caméra embarquée sur main (Source USPA)
Cadre de l'étude : Analyse des risques dans le contexte du parachutisme américain (USPA) et mise en perspective avec l'évolution française.
Le vidéoman : L'image face aux risques de collision.
Le saut en tandem filmé par un caméraman extérieur (Vidéoman) reste une référence pour obtenir des images de qualité cinématographique. Cependant, cette configuration ajoute plusieurs niveaux de complexité technique et de risques, identifiés par l'USPA (United States Parachute Association).
Les risques en chute libre
Contrairement à une caméra fixée au poignet, le vidéoman évolue en vol relatif, à proximité immédiate du tandem.
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La sortie d'avion (Le départ) : C'est une phase critique. Si les collisions mineures sont fréquentes, le danger majeur réside dans l'axe vertical du "drogue" ou ralentisseur. Les rapports de l'USPA font état d'incidents graves où le vidéoman, parti en retard ou mal positionné, s'est retrouvé avec le pied emmêlé dans la sangle du ralentisseur.
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Instabilité et "Burble" : En cas d'instabilité du tandem ou de perte de contrôle du vidéoman, une collision à grande vitesse relative peut survenir. De plus, le tandem génère une zone de dépression (le "burble") ; si le vidéoman tombe dans ce trou d'air, il risque de percuter le binôme par le haut
La phase critique de l'ouverture
L'ouverture du parachute est le moment le plus accidentogène pour le vidéoman :
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Séparation horizontale : Le vidéoman doit impérativement s'éloigner avant l'action d'ouverture. Une distance insuffisante expose au risque de percussion par le sac de déploiement (P.O.D) ou d'emmêlement avec les suspentes.
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Le facteur distraction : La quête du "plan parfait" pousse souvent à filmer jusqu'à la dernière seconde, réduisant la marge de sécurité pour l'ouverture du propre parachute du caméraman.
Risques matériels et physiologiques
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Accrochages : Les caméras montées sur casque présentent un risque d'accrochage avec les suspentes lors du déploiement.
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Traumatismes cervicaux : Le poids additionnel des équipements photo/vidéo sur le casque aggrave considérablement le risque de blessures aux cervicales en cas d'ouverture brutale (hard opening).
Analyse comparative des risques (USPA)
La distinction fondamentale entre les deux méthodes réside dans la nature et la létalité potentielle des incidents.
A. Gravité et létalité
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Vidéoman (Risque de collision - Vital) : C'est le risque "suprême". Une collision violente peut entraîner la perte de connaissance du moniteur. Même si le déclencheur de sécurité (AAD) ouvre le parachute de secours, un atterrissage sans pilote conscient est extrêmement dangereux pour le passager et le moniteur.
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Handycam (Risque d'emmêlement ) : Le risque principal est le "Snag" (accrochage de l'extracteur ou d'une suspente dans la caméra). Bien que stressant, ce problème est mécanique. Le moniteur restant conscient, il peut appliquer les procédures de secours, couper des suspentes, libérer la caméra ou faire procédure de secours.
B. La "Sécurité Passive" sous voile
Un facteur souvent sous-estimé est la densité du trafic aérien :
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Avec vidéoman : Sur les grandes zones de saut (type Perris ou Eloy), la présence systématique de vidéomen double le nombre de voiles dans le ciel. Cela augmente mathématiquement le risque de collision sous voile, l'une des principales causes de mortalité.
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Avec Handycam : Le nombre de voiles ouvertes est réduit de 50 % pour le même nombre de passagers, assainissant l'espace aérien et le circuit d'atterrissage.
C. Le paradoxe de la compétence
Les rapports américains soulignent un paradoxe : la sécurité spatiale du tandem est partiellement confiée au vidéoman, qui est souvent moins expérimenté (200-500 sauts requis) que le moniteur tandem (plusieurs milliers de sauts). Avec la Handycam, la gestion de la vidéo redevient un facteur interne, maîtrisé par l'expert.
Tableau synthétique des facteurs de risques
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Facteur |
Caméra embarquée (Handycam) |
Vidéoman extérieur |
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Densité du trafic |
Nulle (pas d'autre parachute). |
Élevée (ajoute une voile rapide au circuit). |
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Charge mentale |
Interne (automatisme de cadrage). |
Externe (surveillance constante du tiers). |
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Risque de collision |
Zéro. |
Réel (nécessite une séparation stricte). |
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Risque d'accrochage |
Présent (au lancer de l'extracteur). |
Faible (sauf collision directe). |
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Expérience requise |
Expert (> 500-1000 sauts). |
Intermédiaire (> 200-500 sauts). |
Conclusion et évolution : Le contexte français
Conclusion technique :
Si le vidéoman extérieur offre une supériorité artistique indéniable, il introduit une variable de risque "chaotique" (imprévisible) via la collision. La caméra embarquée (Handycam) est statistiquement plus sûre car elle élimine les risques liés au trafic et aux tiers, bien qu'elle exige une rigueur matérielle accrue de la part du moniteur.
L'approche française :
En France, la vidéo main s'est généralisée pour des raisons de sécurité. Initialement développée par les parachutistes professionnels de l’Aviation Civile, cette méthode a été adoptée tardivement par la Fédération Française de Parachutisme (2022) dont l’innvation n’est pas le métier.
Cependant, la Handycam classique (au poignet) pose un problème car il faut piloter le parachute d'une seule main pour filmer sous voile ce qui dégrade la sécurité du vol.
L'innovation actuelle : Pour pallier ce défaut, les professionnels ont adopté des systèmes embarqués sur perche. Fixé sur le harnais, un dispositif utilise une perche aimantée et libérable (cut-away) en cas d'interférence. Il permet l'usage de caméras grand angle ou 360°, qui offre des plans de haute qualité tout en permettant le pilotage à deux mains et en diminuant la charge mentale.

